Sud Est Asiatique Juillet 1952

Rue Tu Do - Catinat Saïgon

Au centre le Commandant Ourta Saigon mars 1952

Les Bonnes Adresses de Saigon

Tombola des ťleves pauvres et orphelins Saigon 1954

Ford Vedette Saïgon

Vietnamienne en Velosolex Saïgon 1953

Café rue Catinat Saigon

La semaine a SaÔgon en 1961

Solex Famililal à Saïgon

Etablissements de Pollack Hanoï 1951

Soldats Armée Air Saïgon 1951

Savon Vietnam Saigon

Societé Indochinoise de Transports Saigon

SITA Transport de Passagers et de Frêt en Indochine

La semaine à Saïgon-Aout 69

Air Vietnam Saïgon

le gťnťral De Lattre de Tassigny avec un gťnťral amťricain

Brasserie Hommel Hanoi

Aigle Azur Saigon

Peugeot 203 Publicité Jean Comte Saigon

Chargeurs Réunis Indochine

Aigle Azur Saigon

Garage Jean Comte 34 Boulevard Norodom Saïgon



Epicerie Saigonnaise Lien Seng Saïgon

Dentifrice Hynos Vietnam

Renault Indochine Saïgon

Soldat en Mobylette Saigon

La Légion Étrangère à Hanoì

Biere 33 Export 33

Garage Charner Saigon

Gendarmes dans la rue Catinat Saïgon Août 1951

Lait SucrÉ Concentré Rosy Saigon

Voitures à Saïgon en 1961

Couple Saïgon

Cosara Saigon 1953

Avion Taxi Indochine

Saigon-Phnom-Penh en 1953

Indochine Sud Est Asiatique Saigon

Alimentation Générale Saigon

Opticien Michaux Saigon

Rivoire et Carret Saigon

La semaine à Saïgon-Aout 69

Gendarmes dans la rue Catinat Saïgon Août 1951

Indochine Sud-Est Saïgon

Cochinchine Indochine franÁaise

Compagnie Air Vietnam<

Saigon-Phnom-Penh en 1953

Cigarettes Cotab Cholon

Velosolex 45 CC Saïgon

Comptoirs Generaux Indochine

HŰtel du Parc Dalat

Femmes devant chez Brodard Saïgon 1953

Cinema Rex Saigon

Peugeot 203 Publiciité Jean Comte Saigon

Bière Hommel BGI Saigon

Messageries Maritimes

Les arcades de Saigon 1950

Indochine Sud Est Asiatique Saigon

Velosolex 330 Saigon

Vietnamienne avec un velosolex 330

Saïgon 15 Février 1953

Renault 4CV & Dauphine Boulevard Charner Saïgon

Base militaire de Saigon

Aigle Azur Indochine

La semaine à Saïgon-Aout 69

Bastos la cigarette de qualitť

Au Menestrel Saigon 1950

Sud Est Asiatique Juillet 1952

Gendarmes dans la rue Catinat Saïgon Août 1951

Catinat cine Saïgon

Femmes rue Catinat Saiuml;gon

La semaine à Saïgon-Aout 70

Lait SucrÉ Concentré Rosy Saigon

La chute Gougah

Delahaye Bainier Saïgon

DerriŤre la cathťdrale de SaÔgon

Plantation Heveas

Souvenir du Cap Saint-Jacques en 1954

Aigle Azur Saigon

jeunes saÔgonnaises

SIMCA 5 Saïgon 1953

Mariage de Lucien Lutun Saiuml;gon

Publicitť Apťritif de France Saint-Raphael

Asianis le Pastis de SaÔgon

Air Vietnam Saigon 1952

La semaine à Saïgon-Aout 70

Femmes rue Catinat Saiuml;gon

Location voitures Saigon

Etudiants Vietnamiens Saiuml;gon

Base militaire de Saigon 1948

Automoto Saïgon

Jacques Chansel rue Catinat Saiuml;gon

Monsieur Mau in Dalat

Etablissement Lucien Berthet Catinat Saïgon

Cigarettes Cotab Cholon

Peugeot 203 Publiciité Jean Comte Saigon

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[Les personnalités qui ont participé au conflit de l'Indochine Française]

dragon

Lucien Bodard

Lucien Bodard Saigon

Lucien Bodard est né le 9 janvier 1914 à Chongqing dans la province du Sichouan, il est le fils d'un diplomate français en poste en Chine. Il meurt le 2 mars 1998 à son domicile parisien.
Lucien Bodard a été correspondant de guerre en Indochine de 1948 à 1955, tout d'abord dans "France-Illustration".

France Illustration

Puis il intègre l'équipe du mythique "France-Soir" de Pierre Lazareff.
Il apportera son regard incisif sur le conflit indochinois qu'il a couvert en tant que correspondant de presse. Lucien Bodard surnomm√© par ses coll√®gues "Lulu le Chinois" a eu ses entr√©es dans l'√©tat-major du Corps exp√©ditionnaire fran√ßais en Extr√™me-Orient (CFEO), aupr√®s de l'empereur Bao Da√Į, mais aussi chez des acteurs de moindre envergure comme l'administrateur civil de Cao Bang ou Deo Van Long , un chef Thai du Nord-Ouest du Tonkin.

dragon

Sa√Įgon √† la fin des ann√©es 40

Saigonnaise rue Catinat Saigon 1947 Place Francis Garnier Saigon 1947

A gauche : Une √©l√©gante Sa√Įgonnaise descendant la rue Catinat √† hauteur du magasin "Aux Nouveaut√©s Catinat" situ√© √† l'angle de la place Francis Garnier (Th√©√Ętre).
A droite : Photo prise depuis l'h√ītel Continental situ√© place Francis Garnier (quartier g√©n√©ral des journalistes dont Lucien Bodard) en face se trouvait la "Pharmacie Solir√®ne" cr√©√©e en 1879, en 1950, elle laissera sa place au fameux "Caf√© Givral".

Jacques Chancel et Lucien Bodard

Jacques Chancel rue Catinat Saigon Hotel Continental Palace Saigon

Photo de gauche : Jacques Chancel sur la rue Catinat en face du "Continental Palace.
Photo de droite : Le Continental Palace à la fin des années 40.

Dans son livre "La nuit attendra" publi√©e aux √©ditions Flammarion en 2013, Jacques Chancel raconte ses rencontres professionnelles √† Sa√Įgon lors du conflit indochinois, notamment avec Lucien Bodard. Ci dessous un extrait de la rencontre de Jacques Chancel avec Lucien Bodard au Continental Palace.

"Je retrouve Lucien Bodard attabl√© sur le trottoir, √† l'angle de la rue Catinat et du Th√©√Ętre. Trois autres correspondants de guerre lui font escorte : Jean Lart√©guy, Max Clos, Louis Guilbert. Mathieu Franchini, le patron du "Continental Palace" vient me saluer : "Vous √™tes donc le jeunot de service".
Lourdement, avec une prudence de sioux, m√©got √† la commissure des l√®vres, large chemise nou√©e √† la taille par une sorte de corde qui tombe sur son pantalon de chasse, Lucien Bodard s'extrait de son fauteuil d'osier : "On y va", me dit-il. Les amis s'√©tonnent : "O√Ļ allez-vous ?". Et Lucien myst√©rieux, d√©clare haut : "C'est un secret d'√Čtat". Pas le moindre service de s√©curit√© pour encadrer notre sortie, ce n'est pas prudent, nous sommes tous les deux, je pilote ma Jeep, Lucien m'a demand√© de n'en rien dire : "Nous proclamerons que c'est une promenade touristique".
Nous passons dix contr√īles assur√©s par nos troupes, on nous avertit des dangers de la route, je fonce. Tay Ninh qui √©tait, il y a un mois encore, le poste avanc√© des Vieminh du Sud, dresse ses cath√©drales √† cent kilom√®tres de Sa√Įgon. La ville se veut le Vatican de l'Extr√™me-Orient, elle est le Si√®ge du Caoda√Įsme, une secte vou√©e √† l'Esprit supr√™me. J'ai pris rendez-vous, aid√© par Jean Varnoux, avec le pape Pham Cong Tac.
"Tu ne m'as rien dit", reproche Lucien. Nous arrivons en pleine cérémonie, c'est somptueux. Un millier de femmes, en blanc de la tête aux pieds, menées par des prêtres, vêtues de tuniques magnifiques, faites de fils d'or et d'argent, de chapeaux pointu. Le tout aux armes de l'église, jaune et rouge.
Aujourd'hui les fid√®les sacrifient au souvenir de Victor Hugo. Son portrait tr√īne √† l'entr√©e de ce lieu de pri√®re.
"Notre ordre, pr√©cise t'il rassemble quatre cent mille √Ęmes, nous avons une arm√©e de dix mille hommes qui bloquent toutes les tentatives des Vietminh. Nous d√©fendons, avec les Fran√ßais, le tunnel pour lequel vous √™tes venus, notre ami le capitaine m'a pr√©venu. Il nous attend d'ailleurs devant l'entr√©e de ce couloir souterrain dont la construction a sans doute dur√© des ann√©es".
Le tunnel, récemment découvert et par lequel arrivaient les commandos du général Giap, est désormais gardé par une section de la Légion étrangère. Le capitaine est fier d'avoir dirigé l'opération de reprise de cette route des bas-fonds :
- La sortie de cette cache, telle que nous l'avons trouvée, n'était pas plus qu'un trou d'aiguille, juste arrangée pour le passage d'un corps, elle était dissumulée ici, en pleine forêt, au creux de ce grand arbre. Nous avons fouillé jusqu'à découvrir, à cent mètres, une véritable avenue. C'est ce que nous allons visiter à la demande de Jacques Chancel qui a déjà parcouru quelques arpents de nos catacombes.
Le trou d'aiguille a été agrandi et laisse désormais le passage à de petits engins motorisés. La surveillance est constante. Lucien n'en revient pas :
- Qui pourrait croire à tel travail ! J'admire l'intelligence des ingénieurs, la ténacité des ouvriers.
Ses notes finissent par remplir tout un carnet. √Ä dix m√®tres de profondeur, des poutres √©normes, remarquablement agenc√©es, soutiennent un ciel de structures m√©talliques. Les all√©es sont larges, des v√©los tra√ģnent encore un peu partout. Les lits de camp sont toujours en place, comme les cuisines, les salles de repos, l'armurerie, elle presque vide, l'h√īpital dont les pensionnaires ont abandonn√© l'essentiel, en particulier un bloc op√©ratoire de campagne. Au total, une v√©ritable ville nous est cont√©e. Une belle organisation peut nous faire douter de la victoire. C'est une arm√©e qui est en marche.
Le retour sur Sa√Įgon inqui√®te Bodard :
- C'est fou ce qu'ils sont capables d'accomplir ; nous aurons tout int√©r√™t √† changer de politique. Ces r√©sistants nous entra√ģnent au massacre. Il me tarde d'arriver au Continental, un cognac-soda sera le bienvenu.
De cette expédition, Bodard allait tirer l'un de ses meilleurs papiers... qui hélas ne fut pas publié. Il montrait trop la prédominance de la puissance secrète du Vietminh. Et il ne fallait pas démolir le moral de nos troupes. Conclusion amusante de notre visite : Max Clos m'avait communiqué le texte de Bodard qui s'y donnait la part belle. J'avais tout organisé mais je n'étais pas cité une seule fois. La dernière phrase de l'article était somptueuse :
"Voilà comment j'ai découvert seule du Vietminh".
Sacré Lucien !

dragon

Rencontre en Indochine
entre le général de Lattre, alias le "Roi Jean"
et Lucien Bodard "le prince des grands reporters"

Lucien Bodard De Lattre de Tassigny Lucien Bodard Hano√Į 1954

A gauche : En 1951 le général de Lattre recevant Lucien Bodard correspondant en Indochine de France-Soir. © photographe SPI ECPAD
A droite : Lucien Bodard, au Camp de Presse de Hano√Į en 1954, avec ses chats.

De Lattre arrive...

De Lattre arrive! La nouvelle fait l'effet d'une petite bombe en Indochine. Enfin, Paris s'est décidé à placer à la tête du haut-commissariat un général qui a de la trempe, clament les militaires. Certains journalistes ne le conçoivent pas ainsi. Cet homme-là a trop de caractère et s'avère trop rusé pour se laisser berner par les gens de la presse. Les amis de Lucien Bodard lui conseillent de rentrer à Paris et de rejoindre l'équipe des grands reporters de Lazareff. De Lattre en Indochine ? Une petite révolution....
- Tu ne t'entendras jamais avec lui, disent ces voix amies à Lucien. Tu es bien trop indépendant. De Lattre, c'est être astiqué, briqué de la tête aux pieds. Toujours impeccable. Demande ton transfert.
D'autant que de Lattre, lui annonce-t-on, cumulera les deux fonctions, commandant en chef et haut-commissaire. Tant pis si le "Roi Jean" n'aime pas les journalistes débraillés à la chemise constamment maculée de taches. Bodard d'ailleurs consent à améliorer son allure.
De Lattre ? On le dit cynique, imbu de lui-même, un brin dandy et éternel charmeur.
Le Roi Jean ne tiendra nullement rigueur à Bodard de sa désinvolture. En stratège averti, de Lattre estime que cette guerre se gagnera d'abord avec le soutien de l'opinion publique, donc de la presse.
Bodard pressent que l'arrivée du général en Indochine fera date. "Ce sera la dernière épopée romantique, écrit-il, la plus prodigieuse des temps modernes."
Cet homme-l√† a de l'allure. En uniforme blanc et cravate bleu sombre, de Lattre re√ßoit ses h√ītes en grande pompe, accompagn√© de ses lieutenants, dont le g√©n√©ral Cogny, son directeur de cabinet, le colonel Beauffre et Jean-Pierre Dannaud, qui concocte ses premiers discours. De Lattre en impose.
Il aime s'entourer de ses hommes et les rappeler √† l'ordre d'un geste du menton. Quel acteur ! pense Lucien Bodard en l'observant dans son costume neuf. Com√©dien-n√©, sangl√©, bott√©, ma√ģtre de croisade √† douze mille kilom√®tres de son fief, il sait se mettre en sc√®ne. C'est un magn√©tiseur, un seigneur de la race des guerriers. Il impose √† ses collaborateurs un rythme de travail acharn√© et leur demande de travailler, comme lui, la nuit. Qu'importe si son √©tat-major doit pour cela s'√©puiser √† la t√Ęche! Lui dort si peu, les autres doivent le suivre. L'Histoire l'exige... D√®s le premier abord, l'homme fascine Bodard. Un vrai personnage de roman! A la fois fin et burlesque, charmeur et cassant, aigri et √©pris de gloire future, col√©reux et tendre, √† la recherche constante d'affection.
... Une myriade de plats attend les convives pour le d√ģner en l'honneur du nouveau haut-commissaire, le "haussaire" de Lattre. - Ce sera en toute simplicit√©, je ne parlerai pas, avait averti le g√©n√©ral.

Jean Letourneau,le Général de Lattre de Tassigny Saigon 1950 Le Général de Lattre de Tassigny et le Colonel de Castries Indochine

Photo de droite : L'arriv√©e du Haut-Commisaire le 20 d√©cembre 1950 √† l'a√©rodrome de Tan son Nhut (Sa√Įgon) de gauche √† droite monsieur Jean Letourneau, Ministre de la France d'Outre-mer, le G√©n√©ral Cogny, le G√©n√©ral Carpentier, le G√©n√©ral de Lattre de Tassigny, Haut-Commissaire de France, et le G√©n√©ral Hartemann.
Photo de gauche : Le Général de Lattre de Tassigny inspecte en février 1951 dans la région de Sontay le Groupement mobile commandé par le Colonel de Castries qui sera promu Général lors de la bataille de Dien Bien Phu.

Lucien Bodard : le plus ancien des correspondants de guerre

Lucien Bodard, le plus ancien des correspondants, est chargé de prononcer un petit discours. Il baragouine quelques mots, improvise sans conviction, conclut en disant que les journalistes restent des témoins avant tout. Albert Sarraut, devenu président de l'association de l'Union française, rebondit sur cette conclusion et délivre un sermon de vingt minutes sur le métier de journaliste.
On boit du champagne, de Lattre est heureux. Le camp marque la consécration de ses idées en matière de presse, lui qui rêve d'avoir tous les journalistes sous la main.
- C'est une façon de nous militariser, persiflent les confrères autour de Lucien.
Broutilles, estime Lucien. Il n'a gu√®re le choix, et les autres non plus. Bien s√Ľr, r√®gnent la censure et ces officiers intraitables charg√©s de contr√īler l'information, de la canaliser, de la r√©duire, de l'inventer. Mais enfin, au reporter de faire le tri ! A lui de flairer les pi√®ges, de sentir les manoeuvres de l'√©tat-major.
Sur ce terrain mouvant et pernicieux, Bodard se sent à l'aise. L'information, il l'a compris, est une arme, le journalisme un combat. Aux yeux de nombreux militaires, les reporters s'avèrent aussi dangereux que l'ennemi vietminh...
Il faut donc penser en termes de strat√©gie. Il s'agit de r√©pondre √† la censure par mille ruses. Si l'arm√©e impose la censure sur le champ de bataille, il conviendra de chercher l'information au coeur m√™me du dispositif fran√ßais, chez les militaires. Peu √† peu, Lucien Bodard s'est constitu√© un impressionnant carnet d'adresses. Des commandants, des capitaines, des colonels, de simples soldats. Tout informateur est bon. Pour les pi√®ges, les manipulations, les d√©sinformations, Lucien se fie √† son instinct. Jusqu'√† pr√©sent, son flair ne lui a pas jou√© de tours. C'est ainsi qu'il se lie d'amiti√© avec de Lattre. Entre les deux hommes se noue une entente indispensable √† l'un comme √† l'autre. De Lattre a compris le talent de ce reporter, n√© en Chine, p√©tri de confucianisme, au sens de la face tout asiatique. Bodard sent que ce g√©n√©ral peut l√Ęcher de temps √† autre toutes sortes de confidences. Autant dire une mine d'informations... Peu √† peu, de Lattre s'√©panche sur ses hommes. Cogny ? Peut mieux faire. Allard ? Le serviteur id√©al. Carpentier ? Le danger √† l'√©tat pur. Il aura sa peau, c'est jur√©.
- Celui-l√†, je le rencontre sans cesse sur mon chemin, confie-t-il √† Bodard. J'ai d√Ľ le renvoyer une premi√®re fois pendant la campagne de France, o√Ļ on l'avait coll√© comme chef d'√©tat-major. Je dois recommencer ici, plus durement encore. Car il est le rappel constant de l'acceptation, de la d√©faite. Du moins, tant que je vivrai, il ne sera plus rien...
Dans sa somme indochinoise, Lucien Bodard dépeindra les lieutenants du prince, avec un sens talentueux du portrait.
Salan : "Cal√© dans les chinoiseries avec ses petits r√©seaux particuliers, ses vieilles barbouzes h√©rit√©es de la police de Shangha√Į, son √©trange gang personnel domin√© par le terrible ''Biche", madame Salan, et avec toutes sortes de civils bizarres, bonzes ou anciens adjudants de la Coloniale √©tablis dans l'√©picerie".
Allard : "Avec un c√īt√© soudard galonn√©, avec un c√īt√© "bizuth" de Saint-Cyr qui a appris √† conna√ģtre la musique, il est √† la fois un peu na√Įf et tr√®s efficace, ce qui est un bon m√©lange, du moins pour un officier."
Boussary: "Il est mal habill√©, gauchement, comme un ancien fort en th√®me. Un air de clown s√©rieux avec sa t√™te blanch√Ętre."
Lorsqu'il se rend sur le terrain, de Lattre demande aux journalistes de le suivre. En convoi, drapeau au vent ! Un camion de vivres suit les Jeep. A la halte, le commandant Cabestan plante un √©criteau devant les tentes: "Camp de presse". Lucien est de toutes les visites, de toutes les escapades sur le front. On le voit dans le massif du Dong Trieu, on l'aper√ßoit dans la r√©gion de Van Dinh, en pleine bataille du riz, rendre visite au colonel de Castries et fr√īler le village de Kim-Tram o√Ļ sont retranch√©es les forces vietminh. Il erre en premi√®re ligne mais enqu√™te parfois comme un aveugle. Et il le reconna√ģt !
"Cela se passe dans la verdure et je ne discerne pas grand-chose." Avant d'ajouter, à l'orée du champ de bataille: "Bien plus loin, à quelques kilomètres de là, un grand incendie rougeoie. Mais, brusquement, sur la limite même du boqueteau éclatent des obus de 155 avec un fracas formidable. Les parachutistes avancent et pendant quelques secondes je distingue les Vietminh qui reculent devant eux."
La troupe le soir rend gr√Ęce √† ce journaliste qui fr√©quente de plus en plus les bars mais s'obstine √† s'aventurer jusque dans les tranch√©es.[...]

Les deux journalistes du Figaro et de France-Soir :
un inséparable duo

Avec Max Olivier-Lacamp *, Bodard b√©n√©ficie d√©sormais de la complicit√© appuy√©e du g√©n√©ral de Lattre. Les deux journalistes forment un ins√©parable duo. Malgr√© le d√©penaill√© de leur chemisette froiss√©e, les conseillers du g√©n√©ral accueillent Bodard et Olivier-Lacamp comme des pl√©nipotentiaires importants √† la Maison de France, la r√©sidence officielle √† Hano√Į. Le premier est un peu asiatique, silencieux, observateur. Le second est aust√®re, tr√®s protestant, un sage, "√† la fois amateur de sensations rares et mod√®le de calme au milieu des passions", √©crira plus tard Lucien.
Tous deux rencontrent souvent le g√©n√©ral fort tard dans la soir√©e, dans sa r√©sidence, en chemisette et en "n√©glig√© de bon aloi". Auparavant, ils courent se r√©conforter aupr√®s d'une bonne pipe d'opium, dans la fumerie qui borde le petit lac de Hano√Į o√Ļ les rejoint parfois Mag, malade √† la premi√®re bouff√©e. Rien √† voir avec les vulgaires √©fumeries-bordels√© que Max abhorre. "L'opium, √©crit Bodard, c'est la conversation merveilleuse o√Ļ l'on peut parler, se livrer, √™tre totalement libre en se d√©gageant de ce secret, de cet herm√©tisme biens√©ant et total qui est habituellement la r√®gle premi√®re du comportement de Max. Le nirvana illuminateur. A condition de ne pas exag√©rer, de ne pas tomber esclave, de ne pas se laisser intoxiquer. Il faut toujours rester ma√ģtre de soi.
Plus qu'une autoconfession, c'est l'immense délice de contempler l'univers dans tous ses labyrinthes."
Et lorsque les deux comp√®res sont convoqu√©s par de Lattre √† l'improviste, l'aide de camp sait o√Ļ les trouver...
Quelle franchise lorsque le général se confie à ses deux journalistes vedettes ! A Bodard, de Lattre lance un soir :
- Je me sers des journalistes pour camoufler la situation. Mais il faut savoir les prendre en main, leur donner une p√Ęture. Autrefois, dans l'arm√©e, c'√©tait la coutume de mentir √† 95%. Une imb√©cillit√©. Moi, je mets un gros pourcentage de v√©rit√© : 50% au moins. Cela me permet de pr√©senter les choses de fa√ßon vraisemblable...

La complicité entre de Lattre et Bodard

Je ne dis pas tout, évidemment. Car dans l'action, dans la partie en cours, tout est permis: les tripatouillages, les confusions, les ignominies, les maquereautages, les provocations, les trahisons, l'incroyable embrouillamini des calculs, etc.
Les deux hommes se ressemblent, au fond. L'un et l'autre veulent transcender la r√©alit√©. "L'Histoire n'a jamais √©t√© faite que d'illusion", a coutume de dire de Lattre √† Lucien. Lequel pense depuis son enfance dans la Chine en folie, entre chute de l'Empire et r√©volution mao√Įste, que la r√©alit√© se d√©crypte au travers de faits occultes. Voil√† comment s'√©tablit une confiance mutuelle.
- Moi, avoue de Lattre à Lucien, je ne vaux pas grand-chose sur les magnats, sur le "business". Mais je peux tout sur ces êtres étranges, ces artisans de l'incommensurable, ces petites gens sans pouvoir et au pouvoir infini que sont les journalistes.
Voici le reporter introduit au coeur même du serail, berceau de l'intrigue, de la manipulation. Un reporter averti en vaut deux. Lui, foi de Bodard le Chinois, ne sera pas manipulé, que de Lattre se le dise ! Pour son prestige, son désir de gloire et surtout la nécessité d'expliquer "sa" guerre, le général se repose sur le journaliste, lequel avoue un franc besoin des confidences de "Sa Majesté".
Qu'importe que la relation soit ambigu√ę et fortement int√©ress√©e, Bodard entend en jouer pleinement.
De Lattre aime se confier au correspondant de France-Soir, un verre de whisky à la main. Enfin un homme capable de mettre en scène sa propre vie, juge le général. Les articles de Bodard sont justes, bien sentis. Même si pourtant çà et là quelque critique assassine ou un commentaire désabusé, Bodard est un biographe en puissance, un chroniqueur talentueux qui a senti avant l'heure l'ampleur du drame qui se noue. Et le Roi Jean de s'épancher, de pousser la confidence le soir devant Lucien, seul ou avec ses paris les plus connus, quitte à réprimander devant le reporter tel ou tel officier.
- Je suis un général, pérore-t-il un soir. Je suis un aristocrate. J'aime l'épée, l'écusson et les armoiries. Mais je hais les "culottes de peau", celles de la mauvaise espèce, l'espèce imbécile.
Parfois, à la lecture des journaux, le Roi Jean s'en prend à son prince:
- Bodard, vous ne croyez pas que vous exagérez ? C'est pas tellement vrai...
- Mais si, c'est le colonel...
- Ce con de colonel ! Lieutenant, faites-le appeler!
Bodard se rend compte de son erreur. Par sa faute, un informateur va subir les foudres du cacique. Lorsque le colonel se pr√©sente, de Lattre le rabroue aussit√īt :
- Qu'est-ce que vous avez raconté à Bodard? Il ne faut pas lui raconter de blagues. Il est plus intelligent que vous!
Suprême injure pour l'informateur... Mais de Lattre joue, et se joue d'abord des hommes. Peu à peu, Lucien apprend à repérer ses humeurs, à les jauger. Rien n'est gratuit chez ce seigneur, ni ses joies ni ses colères. Tout se décrypte.
Apr√®s leur conversation avec de Lattre, Max Olivier-Lacamp et Lucien Bodard, s'ils ne se retirent pas dans leur chambre, s'aventurent √† nouveau entre les trav√©es d'une fumerie d'opium. Alors, dans la religiosit√© des bouff√©es, au c√īt√© d'un vieil homme d√©charn√© et presque nu, Max se plonge quelques minutes dans un profond silence puis s'exclame :
- Ça y est, le papier est fait!
Lucien garde les yeux mi-clos. Il r√™ve, il cogite. Tout est soudain plus clair sans sa t√™te, les manoeuvres delatriennes, la strat√©gie du Vietminh, les visions de H√ī Chi Minh. Il pense, diss√®que, analyse. Quelle parfaite jouissance ! Dans ce d√©lire lucide, ce culte de la c√©r√©bralit√© pure, √† l'aune de l'amiti√©, les deux hommes compl√®tent leurs divagations.
Max intente, brode, exaltation de son aust√©rit√© protestante. Lucien retrouve l'Asie, son Asie d'enfance. L'opium, brouillard cotonneux o√Ļ se perdent les pens√©es, permet un d√©licieux d√©tachement, une merveilleuse conversation avec l'Asie, avec soi-m√™me, avec la sagesse. Max poursuit ses d√©lires, √©voque l'Inde o√Ļ il fut correspondant, tout en avouant sa r√©pugnance pour les gourous √† grosse barbe, raconte sa couverture des √©v√©nements lors de la partition de l'Empire des Indes en 1947, dans Delhi ensanglant√©e. Max s'√©merveille face √† la cour de lord Mountbatten, dans son palais rouge √† Delhi.
Lucien continue de rêver.
L'Asie, ce désir opiacé...

Conference de Presse Radio Saigon

Le 24 mai 1954 au camp de presse de Hano√Į, devant sa machine √† √©crire, Bodard, avec ses lunettes noires, recueille le t√©moignage de Genevi√®ve de Galard h√©ro√Įne de Điện Bi√™n Phủ.

Lucien Bodard 1954

dragon

L'expulsion de Bodard du Vietnam

Dans une préface signé par Lucien Bodard en octobre 1997, soit quelques mois avant son décès, pour son recueil "La guerre d'Indochine" publié par les Editions Grasset, compiliation de sa triologie indochinoises : L'enlisement, L'humiliation et L'aventure, l'auteur revient sur ses années passées en Indochine :
"Arriv√© √† Sa√Įgon en 1948 comme correspondant de guerre, je d√©couvre une Indochine install√© dans un Moyen Age √† mitraillettes et √† piastres, sous l'√©tiquette de l'Union Fran√ßaise.
Les ann√©es ont pass√© et voici aujourd'hui cet √©norme volume o√Ļ ma jeunesse revit, la mienne et celle de tant d'hommes... Je me relis et tout resurgit, de Lattre qu'on appelait "le roi Jean", Bao Da√Į le Hamlet jaune, r√©cemment disparu, Ho Chi Minh, ses yeux de feu, son personnage de grand homme, les mar√©chaux, les brigands, les comparses, les tumultes et les trafics de Sa√Įgon, Hano√Į si calme, les √©glises et les sectes, la certitude vulgaire des petits Blancs... je me relis et tout resurgit : le romantisme, l'√©pop√©e, la trag√©die, le soul√®vement d'un peuple √©cras√©, la guerre insasissable, longue, sanglante, ma fascination et mon d√©go√Ľt.
J'ai tout connu de l'Indochine. Enfant grandissant en Chine du Sud, j'allais avec mes parents √† Hano√Į. L√†, l'imagerie. Les souvenirs des Pavillons noirs, le sergent Bobillot, Pavie le conqu√©rant pacifique, le pays sauv√©, devenu la perle de l'empire fran√ßais. La finance, le riz et l'h√©v√©a, le business et le Cercle, les dames et leurs comm√©rages, la beaut√© des villes, l'ordre, l'inconscience ravageuse.
Vinrent la guerre, les accords de Genève, la partition...
J'ai habité huit ans là-bas jusqu'à ce que Diem, le despote soutenu par les Amérinains, m'expulse en 1955 du Sud-Vietnam.

Lucien Brodard France-Soir Lucien Brodard Paris Match 1998

Extrait de l'hommage à Lucien Bodard par Jean Lartéguy dans l'hebdomadaire Paris Match (mars 1998).
Adieu Lulu, vieux pachyderme, tendre et furieux !
Nous √©tions en 1952. Je venais de d√©barquer √† Hano√Į et c'√©tait mon premier reportage. Je fus accueilli au camp de presse par Lucien Bodard. Effondr√© dans un fauteuil, sous un ventilateur asthmatique, un verre de cognac-soda disparaissant dans sa vaste pogne, un cigare puant au bec, Il m'accueillit fra√ģchement. Se demandant quels ennuis je pourrais lui causer. Un intrus, jugeait-il, qui allait encore lui compliquer la vie en brouillant les cartes par un z√®le intempestif dans une partie d√©licate qu'il menait contre la censure.
Comment sommes-nous devenus amis alors que tout nous séparait ?
Est-ce quand nous nous retrouv√©s les seuls correspondants rest√©s avec les Viets apr√®s l'occupation de Hano√Į, errant dans les rues h√©riss√©es de drapeaux rouges que les pluies de la mousson transformaient en torchons, et que l'amertume de la d√©faite nous serrait la gorge ?
... Le succ√®s de Bodard avait m√©rit√©, apr√®s sa triologie sur la guerre d'Indochine, puis ses reportages sur la Chine, il obtiendra en 1973 le prix Interalli√© avec un roman, "Monsieur le Consul", portrait au noir d'Albert, son p√®re. Pour "Anne-Marie", il obtiendra en 1981 le prix Goncourt et pourra enfin exorciser le douloureux et inqui√©tant fant√īme de la m√®re trop aim√©e...
Adieu Lulu, visionnaire de son temps, fou d'écriture qui sut si bien cacher sa tendresse pour les autres, qu'il n'osait par pudeur la montrer en public, mais seulement avec ses chats.
Jean Lartéguy mars 1998

Lucien Bodard pour son livre "Anne-Marie"
dans l'émission "Apostrophes" de Bernard Pivot en 1981

© Archives INA, émission "Apostrophes" du vendredi 29 mai 1981 à 20h30 sur Antenne 2.
Bernard Pivot, entouré par Françoise Giroud et Michel Larneuil, s'entretient avec Lucien Bodard pour évoquer son roman "Anne-Marie", dans lequel il est question de son enfance en Chine auprès de sa mère Anne Marie Bodard. Leurs propos sont illustrés par des photos de l'écrivain, en Chine, lorsqu'il était enfant.
Cinq tours de scrutin et à treize heures le 16 novembre 1981, Lucien Bodard reçoit le prix Goncourt 1981 pour Anne-Marie (Grasset) chez Drouant, place Gaillon à Paris II.

Lucien Brodard France-Soir Lucien Brodard Paris Match 1998

Sur la photo de droite : Prix Goncourt 1981
Le Prix Goncourt a été attribué lors du déjeuner rituel chez Drouant à Lucien Brodard "pour son livre Anne-Marie (Grasset). L'heureux gagnant du Prix Goncourt a été photographié cet après-midi.

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Max Olivier-Lacamp

Max Olivier Indochine

* Max Olivier, connu sous le nom Max Olivier-Lacamp, né le 2 mars 1914 au Havre et mort le 17 juin 1983 à Meudon, était un journaliste et écrivain français. Il a été lauréat du Prix Renaudot en 1969 et du Prix Albert-Londres en 1958.
Il fut à la libération l'un des fondateurs de l'Agence France-Presse et grand reporter au journal "Le Figaro".
Sa fille Ysabelle Lacamp s'entretiendra en 1987 avec Lucien Bodard pour l'hebdomadaire Paris Match pour la sortie de son livre publié chez Grasset :
"Les grandes Murailles".

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[Les personnalités qui ont participé au conflit de l'Indochine Française]

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