Haiphong en 1953

Entreprise Curzi & Cie

Une patrouille de lťgionnaires

Brasserie Hommel Hanoi

Un patrouilleur franÁais dans le Golfe du Tonkin

Libťration des franÁais dans un camp de la Croix Rouge

HaÔphong 1954

Biere 33 Export Saigon

La Baie Along

Port de Haïphong

La Legion etrangere Haiphong

Magasins Chaffafon Haïphong

La Légion Étrangère à Hanoì

Couple Saigon

Cimenterie de Haïphong

Hotel de la Paix Haïphong 1954

Réfugiés vietnamiens évacués du port Haîphong

Grand Hotel du Commerce Haïphong

Avion Taxi Indochine

Brasseries et Glacières Indochine Hanoï

Au bord du Fleuve Rouge

Dans le Port Haiphong

Sud Est Asiatique Juillet 1952

Sipeo Kodak Saigon

Rivoire et Carret Saigon

Societé Indochinoise de Transports Saigon

Magasins Chaffanjon Hanoi

Magasins Chaffafon Haïphong

Sud Est Asiatique Juillet 1952

Cyclo Pousse Haïphong en 1953

Compagnie Autrex Hanoï

Maison M.Godelu Haïphong

Pachod Frères Indochine

Soldat Armee Air en solex Saigon 1953

Cigarettes Nationales Saigon

Epicerie Tchien-Hong  Haïphong

C.A.T.I. Saigon

Compagnie Laotienne Commerce Transport

Brasseries et Glacières Indochine Saigon

Bar Haïphong

Cigarettes Nationales

Societé Indochinoise de Transports Saigon

Asianis le Pastis de SaÔgon

Rivoire et Carret Saigon

Pharmacie Chassagne, Peugeot 202 Hanoï

Port de Haïphong

Maison M.Godelu Haïphong

Hotel de la Paix Haïphong en 1954

Delahaye Bainier Saïgon

Le Tonkin Indochine FranÁaise

Pont Paul Doumer HanoÔ

Au Menestrel Saigon 1950

Ligne ferroviaire Hanoi-Haiphong

La Cathédrale Notre Dame Saigon

Hotel de Cat Bi Haïphong

Thinh Ky Haïphong

La rue Paul Doumer Haïphong

Sipeo Kodak Saigon

Evacuation des troupes franÁaises du Tonkin

Bière Alsace Salzbruk

Le marché aux Tissus Haïphong

Grand Hotel du Commerce Haïphong

Affiche Indochine Hanoï 1942

Boulevard Bonnal Haiphong 1953

Savon Vietnam Saigon

Savon Vietnam

Rizeries Indochinoises Haïphong

Agence Havas Saigon

Lait SucrÉ Concentré Rosy Saigon

Cigarettes Cotab Cholon

Pharmacie Haïphong

Femmes Saïgon 1953

Affiche Indochinoise

La Chambre de Commerce HanoÔ

Cyclo Pousse Haïphong en 1953

Restaurant Patisserie Kim, Simca Aronde HanoÔ

Rue Paul Doumer Haïphong 1953

Air Vietnam Saïgon

Hotel de la Paix Haïphong en 1954

Pachod Frères Haïphong Indochine

Brasseries & Glacières Indochine Bière Royale Cholon

Personnel C.T.I.A. Hanoï

Le Magasin Girodolle de Haïphong

Affiche Indochine Hanoï 1942

Rťfugiťs catholiques du Tonkin

Couple Saigon

Marins Français rue Catinat Saigon Indochine

La rue Paul Bert Hanoï

La Croix du Sud rue Catinat Saïgon

Ogliastro Saigon

Vendeuses sur le bord des quais de Saïgon

Souvenir du Tonkin

Hongay votre anthracite

Pachod Frères Indochine

SACRIC Haïphong

Port HaÔphong

Radio Saigon

Dans le Port Haiphong

Couple en Vélosolex Saïgon 1966

Rue Tonkinoise Haïphong

Aigle Azur Indochina

Gendarmes dans la rue Catinat Saïgon Août 1951

Le tramway de Hanoï au bord du petit lac



Vietnamienne Gia Long

Peugeot 203 Publiciité Jean Comte Saigon

Le Magasin Girodolle de Haïphong

Bière Alsace Salzbruk

Les allemands dans la légion étrangère Hanoï

Air France

Inondation à Haiphong en 1953

Savon Viet-nam



Bastos la cigarette de qualité

Transports Aériens Hanoï

Les Autobus devant le pont Paul Doumer HanoÔ

Air Outre Mer Saigon

Hôtel-Café de la Paix Hanoï

Descours et Cabaud Saigon - Haiphong

Moine Boudhiste avec un éventail Bière Larue

Saïgon 15 Février 1953

Rue Tonkinoise Haïphong

Le Petit Lac Hanoi

Port de Haïphong

Avions Taxis d'Indochine janvier 1948

Atelier Jean Dancette Haïphong

Quartier-Maitre contemplant la Baie Along en 1953

Camion Citroën Haïphong en 1952

Maison M.Godelu Haïphong

Port de Haïphong

Quartier-Maitre contemplant la Baie d Along en 1953



Simca Hanoi

Automoto Saïgon

Aigle Azur Saigon

Affiche de Vichy Indochine

Cigarettes Melia

Biere 33 Export Saigon

Voyagez avec les troupes coloniales

Souvenir de HaÔphong en 1954

Le Théâtre de Haïphong

Gala annuel des enfants de troupe Indochine

Messe en plein air pour des soldats franÁais

HanoÔ Imprimerie Extreme-Orient

F.A.C.I. Saigon

Atelier Jean Dancette Haïphong

Le Combattant Indochine



Bière Larue Indochine

Arrivťe de monsieur Letourneau sur l' aťrodrome de Tan-Son-Hut en octobre 1950

Cigarettes Nationales

Madame Louise Dubourg Saïgon 1952

Aigle Azur Indochine

Bireleys Saigon

Femmes devant Givral Saigon

Cyclistes Continental Palace Saigon

Cathedrale Notre Dame Saigon

La Baie d Along

Cigarettes Nationales

Engagez-vous rengagez-vous

Pierre Lavigne Hanoï

Aigle Azur Saigon

Dans le Port Haiphong

Anthracite tonkinois

Femmes devant chez Brodard Saïgon 1953

Le Tonkin Indochine FranÁaise

Bière Alsace Salzbruk

Cinem Eden Haïphong

Ancien Établissements Eiffel Saigon

Cigarettes Mélia Saïgon 1957

Le navire Pasteur dans la baie d Along

Port Bayard, baie d Along

Pont Paul Doumer HanoÔ

Grand Hotel du Commerce Haïphong

Air France Saïgon

Voilier, baie Along

Sipeo Distributeur Kodak Saïgon

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[Les personnalités qui ont participé à l'Indochine Française]

dragon

La saga des Frères Roque 1
Paul Roque - Naissance de la S.CA.R.I.C. 2

dragon

Le Delta du Fleuve Rouge ( Đồng bằng s√īng Hồng)
au début du XXème siècle

Une Monoroue du Delta du Fleuve Rouge Haiphong

Transport du Delta du Fleuve Rouge.
Une Monoroue - Chaloupe du "Service subventionn√© des correspondances fluviales" √† Ha√Įphong. Collection P. Dufresne - Ha√Įphong.

Départ pour l'aventure en 1858

Le village de Brusque Aveyron

Le village de Brusque (Aveyron) © Fagairolles 34

L'histoire des frères Roque commence à Brusque, petit village de l'Aveyron de 500 habitants à 10 kilomètres au sud de Sylvanès, sur la petite rivière du Dourdou, affluent du Tarn, à 465 mètres d'altitude. Les personnages de cette histoire s’appellent Victor, Xavier et Henry Roque.
Ils ont atteint le niveau d'√©tudes qu'offrait le coll√®ge des fr√®res √† Brusque, soit la troisi√®me. C'est √† Bordeaux (capitale du commerce maritime fran√ßais √† cette √©poque) que les trois fr√®res trouvent des situations. En particulier, l'a√ģn√©, Victor et le troisi√®me, Xavier s'initient au commerce dans la maison Tardieu.

Les navires français et espagnoles devant Tourane en 1858

Les navires français et espagnoles devant Tourane en 1858

Départ pour l'aventure en 1858

Par ailleurs, on parle de plus en plus de la Cochinchine, partie Sud de ce qui deviendra l'Indochine. Tous les efforts des europ√©ens pour y prendre pied se transforment en √©chec. Les pl√©nipotentiaires fran√ßais se font reconduire √† leurs navires. Les √©v√™ques et les missionnaires se font massacrer. La question d'une intervention militaire est d√©battue dans les conseils gouvernementaux en Ao√Ľt et Septembre 1852. Mais, le Prince-Pr√©sident, futur Napol√©on III, temporise.
Ce n'est qu'en 1856, avec la persistance des sévices exercés sur les religieux, que l'Empereur décide d'envoyer au Vietnam une mission diplomatique pour y renouer des relations. Des expéditions ont lieu en 1856 et 1857; elles sont fort mal reçues au Cambodge et en Cochinchine; elles tournent même à une sorte de déroute car, les différents navires n'étant pas arrivés à destination en même temps, nos troupes sont obligées de se replier de façon si peu glorieuse que l'Empereur d'Annam Tu-Duc parle des "Français qui aboient comme des chiens et qui fuient comme des chèvres" ....
Enfin, au conseil du 1er Juillet 1857, une intervention arm√©e est d√©cid√©e. Il est tr√®s probable que c'est cette d√©cision qui d√©clenche dans l'esprit des trois fr√®res l'id√©e de tenter l'aventure en Extr√™me-Orient. Le but est la Cochinchine, mais celle-ci n'√©tant pas ouverte, ils d√©cident que deux d'entre eux se rendront d'abord aux Philippines afin d'√™tre pr√™ts √† sauter √† Sa√Įgon d√®s que ce sera possible.
Victor (29 ans) part donc avec Xavier (presque 23 ans). Quant à Henry, il va servir l'escapade des deux autres de façon romanesque
Les trois fr√®res Roque pensent probablement qu'il est pr√©f√©rable que leurs parents ne connaissent leur projet que le plus tard possible, ce qui, √©videmment, ne peut que retarder le moment o√Ļ ils auront quelques raisons de s'inqui√©ter. Aussi les partants laissent √† Henry des lettres antidat√©es que ce dernier doit se charger d'exp√©dier √† Cusses o√Ļ leurs parents ne se doutent de rien....
Rappelons que ni téléphone, ni télégraphe ne relient ces régions lointaines à la France et qu'une lettre emprunte un voilier qui fait le tour de l'Afrique avant de traverser l'Océan Indien. Le délai de route est de quatre à six mois; il faut ajouter le délai d'attente au port de départ, aucun service régulier n'existant avec l'Europe.
Victor et Xavier pr√©voient d'envoyer une lettre d√®s qu‚Äôils seront arriv√©s √† Manille. Si les parents d√©couvrent la fugue avant la r√©ception de celle-ci, c'est Henry qui se trouve charg√© de passer aux aveux et de calmer leurs alarmes. On peut supposer que ce fut le cas car les parents ont d√Ľ trouver assez vite que les lettres de Victor et de Xavier r√©pondaient de moins en moins bien √† leurs questions!
Leur pécule de départ est certainement très modeste et comporte, naturellement, les économies que ces trois jeunes gens ont pu faire pendant leurs premières années d'activité à Bordeaux et probablement avec l'aide de leur propre oncle.

Le voyage

Le voyage autour de l'Afrique dure, sur un rafiot inf√Ęme, sept mois; ce qui permet de s'initier √† l'espagnol et de se documenter aupr√®s de passagers se rendant comme eux-m√™mes aux Philippines. Leur premi√®re lettre, de Singapour, dat√©e d'Octobre 1858, est tr√®s optimiste, avant m√™me d'avoir d√©barqu√© dans l'archipel. Ils y d√©clarent:
"Le commerce de ces √ģles, qui est consid√©rable, est entre les mains de 62 maisons espagnoles, 7 anglaises, 3 fran√ßaises, 4 am√©ricaines, 1 allemande et 2 suisses. Il y a donc encore de la place pour nous et, au dire de ceux qui y ont v√©cu, c'est encore un pays vierge."
Les Français arrivés à Tourane (maintenant Danang) trois mois après que la Marine y ait elle-même debarque ne devaient pas être nombreux. Nous sommes fin 1858 et Victor est envoyé à Manille par l'Amiral Rigault de Genouilly pour organiser le ravitaillement des vivres frais et des provisions de toutes sortes.
Plusieurs chargements de viande sur pied sont expédiés par différents navires. Les ressources de Manille étant épuisées, les expéditions continuent de Hong-Kong.
Victor et Xavier appellent √† la rescousse leur fr√®re Henry qui arrive en Extr√™me Orient en 1859. Henry reste √† Tourane pour fournir le corps d'occupation qui vient d'entrer en Cochinchine en prenant Sa√Įgon.
Quant à Victor et Xavier, ils saisissent une opportunité en assistant le corps expéditionnaire en Chine en lui livrant ce dont il a besoin.

L'Amiral Francis Charner

L'Amiral Francis Charner

L'Amiral Charner, chargé d'organiser le ravitaillement, charge Victor de la fourniture de vivres. Il est commissionné comme intendant provisoire à Hong-Kong par l'Intendant Perrier et confirmé dans ces fonctions par l'Intendant en Chef Blondeau. L'Amiral donne à Victor tout pouvoir pour accepter ou refuser les denrées qui lui sont proposées.
En 1859, Victor et Xavier s'installent √† Hong-Kong. Victor est d√©j√† en liaison avec Hong-Kong o√Ļ arrivent les bateaux europ√©ens en provenance de Bordeaux par la ligne de Chine ; ce grand port anglais est, avec Singapour, la grande ressource pour les europ√©ens: bassins de radoub, construction de navires, banques et assurances ne se trouvent, pendant longtemps, que dans ces deux ports.
Quand les op√©rations militaires commencent, Xavier rejoint l'arm√©e √† Tien-Tsin. Dans un document manuscrit √©tabli au camp de Syn-Khoen le 28 Ao√Ľt 1860, le Pr√©v√īt de l'Arm√©e:
"autorise le sieur Roque Xavier, commer√ßant, n√© √† Cusses (Aveyron), qui lui a pr√©sent√© des garanties suffisantes de bonne moralit√©, √† suivre le dit Corps exp√©ditionnaire partout o√Ļ il se trouvera pour y exercer l'industrie de pourvoyeur".
Xavier transmet les besoins du corps expéditionnaire à Victor en suivant la troupe.
Le r√īle de fournisseurs de l'arm√©e qu'ont obtenu Victor et Xavier ne se limite pas aux denr√©es qui ne venaient pas de la m√©tropole. Le d√©pannage qui suit est la preuve de leur d√©brouillardise:
Pendant l'√©t√© 1860, le "Weser", navire qui apporte, avant l'hiver, les v√™tements molletonn√©s destin√©s √† l'Arm√©e et √† la Marine fait naufrage en mer de Chine o√Ļ les typhons sont fr√©quents. On demande aux Roque ce qu'ils peuvent faire. Il ne reste que deux mois avant l'hiver, ce qui exclut de faire appel √† la m√©tropole. Les d√©lais pour pr√©venir celle-ci, fabriquer les v√™tements et les faire parvenir sur les c√ītes de Chine seraient tr√®s excessifs.
Victor prend ce pari et le gagne. Il ach√®te √† Hong-Kong un certain nombre de machines √† coudre, le tissu n√©cessaire, installe √† Hong-Kong, √† Macao et √† Canton des ateliers provisoires o√Ļ quelques dizaines de couturi√®res chinoises r√©alisent la commande dans le d√©lai de deux mois qui s√©pare le naufrage de l'hiver.

Sa√Įgon en 1860

La prise de Saigon en 1859

Assaut de la citadelle de Sa√Įgon par le corps exp√©ditionnaire Franco-Espagnol le 17 f√©vrier 1859 - D'apr√®s le croquis envoy√© par monsieur L. Roux secr√©taire de l'Amiral Rigault de Genouilly. Dessin paru dans "L'Illustration".

En F√©vrier 1859, l'escadre de l'Amiral Rigault de Genouilly prend Sa√Įgon, fait sauter la citadelle et rejoint Tourane en laissant 760 hommes qui y campent jusqu'en D√©cembre o√Ļ l'Amiral Page commence √† installer la ville.
D√©j√† b√Ętie en mat√©riaux l√©gers avant le d√©barquement fran√ßais, Sa√Įgon n'a pas surv√©cu aux destructions de la guerre. L'exode g√©n√©ral qui a suivi a laiss√© la ville √† peu pr√®s d√©serte. Les habitants n'y reviennent que lentement. Le terrain, non drain√©, est spongieux et mar√©cageux. L'humidit√© fait c√ītoyer √† l'exc√®s insectes, serpents et scorpions. Le port de Sa√Įgon est ouvert au commerce le 22 F√©vrier 1860 "sans barri√®res douani√®res ni taxes pr√©f√©rentielles".
C'est dans cette ann√©e 1860 qu'Henry quitte Tourane et transf√®re ses activit√©s √† Sa√Įgon. La campagne de Chine termin√©e, Victor et Xavier l'y rejoignent fin 1860, tout en gardant un bureau √† Hong-Kong.

Débuts en Conchinchine en 1860

Revenons aux trois fr√®res r√©unis √† Sa√Įgon. Ils sont, avec les commer√ßants Chabert, les premiers Bordelais non armateurs qui s'installent en Cochinchine. Apr√®s les premiers mois pass√©s essentiellement √† assurer le ravitaillement des troupes, ils veulent transformer leur camp volant en une v√©ritable maison de commerce.
Pour que celle-ci ait "pignon sur rue" √† Sa√Įgon, ils y construisent une maison √† √©tage, nouveaut√© dont le sous-pr√©fet, Monsieur de Grammont, dira en 1862, que "cette maison √† √©tage est un grand sujet d'√©tonnement pour les annamites".
S'ils ont quelques notions commerciales, ils n'ont ni spécialités, ni connaissances industrielles. Par contre, nous savons qu'Henry a établi de bonnes relations d'affaires avec les Annamites, ce qui a permis à la maison Roque de rendre les plus grands services à l'Armée et facilitera d'autres relations commerciales. Mais ils comprennent rapidement que l'on ne peut pas, dans un pays vierge, vendre sans avoir fait une transformation des matières brutes locales ou fourni une prestation quelconque; nous dirions donné une "valeur ajouté".
Charles Meyer résume l'activité des trois frères:
"La plupart des n√©gociants venus chercher fortune en Cochinchine visaient le ravitaillement de l'arm√©e en campagne, ou, plus exactement, les b√©n√©fices qu'en tirent, toujours et partout, les munitionnaires. Les trois fr√®res Roque, √† cet √©gard, √©taient exemplaires....L'Amiral confie aux trois fr√®res l'approvisionnement des troupes en farine, pain, biscuits et viande fra√ģche et enfin celui du bois d'oeuvre pour ses constructions.
Bient√īt, ils touchent √† tout: au remorquage, √† la fabrication du sucre, √† l'opium, aux travaux publics... On les soup√ßonne de m√©thodes pas tr√®s orthodoxes et l'Amiral La Grandi√®re les tient √† l'oeil..."

Nous allons d√©tailler ces tentatives, sem√©es d'emb√Ľches, qui supposent de nombreuses d√©marches en Europe, √† Singapour et √† Hong-Kong, de longs d√©placements, des n√©gociations et des risques.

D√©part d'une cannoni√®re √† Hano√Į en 1885

D√©part d'une cannoni√®re √† Hano√Į en 1885

Dessin d'Eugène Burnand dans la revue L'Illustration.

Essai dans l'industrie sucrière en 1862

En 1862 Victor tente d'installer une usine de fabrication de sucre.
Partant d'un point de vue technique, le meilleur rendement d'une installation moderne comparée à celles des vietnamiens, Victor se propose de procurer à ces derniers, en échange de leur canne, la quantité de sucre qu'ils obtiennent eux-mêmes par des procédés primitifs; il prend son bénéfice sur l'excédent de production et les vietnamiens, pour le même gain, évitent le travail de la fabrication et disposent d’un sucre de meilleure qualité.
Pour r√©aliser sa sucrerie, Victor demande √† l'Amiral Bonnard d'√©tablir son usine au centre de la r√©gion productrice, √† Bien-Hoa (environ 40 kilom√®tres au Nord de Sa√Įgon), dans la pagode royale d√©saffect√©e. L'Amiral, sagement, estime que, d√©saffect√©e ou non, ce serait risquer de heurter les convictions religieuses des habitants que d'y installer une usine. L'essentiel pour Victor est que l'Amiral lui pr√™te un autre grand √©difice.
L‚Äôabb√© Jean Antonin Marie, fr√®re a√ģn√© de leur m√®re, les y aidera en √©crivant √† une de ses connaissances, Monsieur Rouher, Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics la lettre au style emphatique qui suit:
"Il nous appartient de savoir utiliser la fertilit√© incomparable de la Cochinchine. On l'a compris puisqu'on s'est pr√©occup√© d'attirer √† Sa√Įgon des √©migrants europ√©ens".
Il explique que Messieurs Roque, ses neveux, viennent de monter :
"une sucrerie avec des appareils et des moteurs à vapeur, qu'ils ont fait venir de France à grands frais".
"Quelque confiance qu'on puisse avoir, il faut une certaine hardiesse pour confier √† des op√©rations de cette nature beaucoup de capitaux, son intelligence et ses soins. Il faut oser beaucoup, mais le succ√®s, quoi qu'on en dise, ne r√©pond pas toujours √† l'audace. J'ai la confiance qu'il y r√©pondrait pour mes neveux si Votre Excellence daignait prendre leur oeuvre sous son patronage. Livr√©e financi√®rement √† elle-m√™me, l'entreprise de mes neveux n'est que plus digne des sympathies de l'administration coloniale de Sa√Įgon".
"Il y a quelques jours Monsieur Fould disait; Nous devons montrer à ces nations (Chine, Indochine, Japon) qui nous appellent barbares, que notre industrie peut les vaincre aussi bien que nos armes".
"Répétées au Gouverneur, ces paroles vaudront des encouragements à Messieurs Roque. L'expression de votre sympathie empêchera l'isolement de se faire autour de leur oeuvre. J'ose espérer que le concours tout-puissant et chaleureux de votre Excellence ne fera pas défaut à Messieurs Roque et que le prochain courrier apportera à l'Amiral Bonard l'expression de votre sollicitude".
Cent quarante années après, le lecteur croit rêver: l'oncle chanoine ne méprise pas la conquête par les armes - l'exécution de nombreux missionnaires est récente - même si, pour aider ses neveux, il defend l'industrie. Le plus étonnant est la précision avec laquelle il dicte au ministre et, par procuration, à l'Amiral-Gouverneur, la conduite à tenir pour aider les Roque dans leur "oeuvre" en les prenant sous leur "patronage".
La requête de l'oncle-chanoine ne pouvait qu'échouer. L'intérêt du ministre se limite à la plus banale transmission:
"Qu'on recommande à l'Amiral Bonard le neveu qui a fondé une sucrerie en Cochinchine".
L'annotation permet au ministre, le cas échéant, de pouvoir soutenir qu'il est intervenu favorablement, sans qu'aucun effet réel ne puisse lui être reproché par la Métropole.
Curieusement, en 1862, l'administration se d√©sint√©resse du sucre au moment o√Ļ elle ne peut pas ignorer que le sol des vieux pays producteurs commence √† s'√©puiser tandis que, √† Java et aux Philippines, la production sucri√®re est en plein essor. Ce n'est que dix ans plus tard que l'administration portera un grand int√©r√™t √† l'industrie sucri√®re...
L'id√©e de Victor, aussi bonne qu'elle soit techniquement, bute sur les habitudes locales et les positions acquises par les propri√©taires annamites de moulins. Ces derniers se coalisent. Il devient bient√īt impossible d'obtenir des cannes en quantit√© suffisante. L'entreprise v√©g√®te. C'est l'√©chec. Victor abandonne.
La machine à vapeur mentionnée par l'abbé est la toute première installée en Cochinchine. Elle sera réutilisée plus tard.

Le port de Sa√Įgon en 1880

Le port de Sa√Įgon en 1880

L'exploitation des bois 1861-1863

Heureusement, les fr√®res n'ont pas qu'un fer au feu. Ils ont tent√© √©galement d'exploiter l'un des rares √©l√©ments de fret existant alors pour l'Europe, le bois. Le bois est √©galement une denr√©e tr√®s n√©cessaire √† la jeune colonie naissante pour la reconstruction de Sa√Įgon.
Mais, une fois de plus, l'action de l'administration, loin d'aider les colons, ne fera que freiner leur établissement.
En effet, dès 1861 (la colonie a un an), Paris donne l'ordre de mettre en adjudication les terrains vacants de la ville. Déception des commerçants et des colons qui espèrent des concessions gratuites de ces terrains inoccupés, ou au moins un droit de préemption sur les étrangers qui se présenteront. Au contraire, les étrangers sont sollicités à grand renfort de publicité dans les grands ports voisins, ce qui, augmente le prix d'achat pour les Français.
Le 25 F√©vrier 1862, les Bordelais formulent leurs dol√©ances dans une p√©tition adress√©e √† la Chambre de Commerce de Bordeaux. Peine perdue. Le gouvernement m√©tropolitain, r√©ticent, ne d√©sire pas supporter les frais de lancement de la nouvelle colonie , d'o√Ļ un grand besoin d'argent de l'administration locale.
Paris répond seulement qu'il ne sera pas touché aux lots occupés par des commerçants déjà installés et que, pour ceux qui ont commencé à édifier, ils doivent le terrain, mais pourront obtenir des délais de paiement....
Pendant ce temps (1861 et 1862), Victor agit tr√®s rapidement pour se procurer du bois dont le besoin s'annonce important pour la construction de Sa√Įgon: il s'agit essentiellement de maisons en bois et, qui plus est, sur pilotis. Sans rien demander √† personne, il envoie agents et coolies √† l'int√©rieur du pays et se porte acqu√©reur d'une quantit√© consid√©rable de billes.
Le prix du bois a été fixé entre Victor et le chef du service administratif du Gouverneur. Mais, fin 1862, l'Administration, négligente jusque là, reprend l'affaire en mains et entend fixer à nouveau le prix, à la baisse bien entendu.
Victor provoque alors une p√©tition o√Ļ, outre les dol√©ances sur le co√Ľt des terrains √† Sa√Įgon, il s'√©l√®ve contre le refus de l'Administration d'acheter son bois suivant les conditions fix√©es et accuse l'arr√™t√© Bonnard d'apporter une entrave au commerce. Cet homme de trente quatre ans ne manque pas d'audace.
Il en ressort que, m√™me avec un prix de vente diminu√© de moiti√©, l'affaire reste rentable. Mais Victor a eu l'adresse de trouver tr√®s t√īt ce filon, et de profiter sans h√©siter de l' "autorisation verbale" d'un chef de service qui n'a probablement pas soumis cette derni√®re √† l'Amiral, ce dernier ne l'aurait peut-√™tre pas donn√©e aussi avantageuse.... Quant au chef de service, il est possible que l'Amiral ne l'ait pas vraiment f√©licit√© !
Ceci dit, il fallait une certaine audace pour aller chercher ce bois, dans les for√™ts d'un pays non encore enti√®rement pacifi√©, et pour le rapporter, par flottage sur les fleuves, √† Sa√Įgon.

Farines, pains, biscuits, viande, etc... 1862-1865

En 1861, les frères Roque s'étaient déjà fait remarquer en secourant l'Armée qui manquait cruellement de farine. En moins d'un mois, la maison Roque établit 48 moulins chinois à manège qui permettent de parer à cette situation. Ces activités réussies facilitent certainement le choix qui se porte sur eux. Le 1er décembre 1862, les frères Roque acceptent, pour deux ans, le marchè pour la fourniture au corps expèditionnaire des farines, pains et biscuits.
La difficulté de ce genre de contrat temporaire est évidemment la nécessité d'un investissement pour satisfaire le marché, mise de fond qu'il n'est pas forcément facile d'amortir dans un délai aussi court, ce qui est une très bonne affaire en cas de renouvellement de contrat peut, en cas contraire, n'être qu'opération dérisoire, voire catastrophique.
Mais Victor ne refuse pas cette affaire qu'il a soigneusement étudiée. On le voit, dès 1863, recevoir, par Hong-Kong, 8.000 hectolitres de blé du Japon et 3.000 barils de farine de San-Francisco. Quant à la transformation en pains et biscuits, Victor l'assure sur place avec un matériel commandé en France ou construit par ses soins. La fameuse machine à vapeur utilisée, trop temporairement dans la sucrerie, trouve là son emploi.
Parall√®lement, Xavier Roque ach√®te √† Shanga√Į un "magnifique remorqueur, le "Powerful", √† un prix int√©ressant. Ce bateau n'a travaill√© que sept mois sur la rivi√®re Shanga√Į, il a une puissance de 90 √† 100 chevaux et une pression de 4,5 "atmosph√®res". Il s'agit d'une puissance qui peut nous para√ģtre faible, mais qui pouvait rendre d√©j√† bien des services.
Apr√®s avoir travaill√® √† Shanga√Į√Į pendant l'√©t√© 1865, le "Powerful" rejoint Sa√Įgon tout √† la fin de d√©cembre 1865, ayant √† son bord Xavier. Cette date est choisie parce que c'est au d√©but de l'ann√©e que des navires abordent en grand nombre √† Sa√Įgon pour charger les premiers riz qu'ils portent ensuite √† Hong-Kong o√Ļ la vente en est toujours fructueuse. Le 2 janvier 1866, trente bateaux attendent d√©j√† sur la rade.
Revers du bon emploi du remorqueur: les avaries sont difficiles à réparer sur place et immobilisent le bateau à des époques de trafic intense, les assurances de rivière et les incidents correspondants sont un problème permanent, il faut un bon capitaine et un bon mécanicien, ce qui sera fait en dehors, personne en Cochinchine n'ayant de compétences sur place pour un engin d'une telle nouveauté.
Par contre, il semble que le "Powerful" puisse avaler sans rechigner toutes sortes de combustible. D√®s l'achat, il marche au bois de pal√®tuvier qu'on n'a qu'√† couper au bord du fleuve ; cela procure une √©conomie des deux tiers par rapport au charbon, mais n√©cessite naturellement quelques chauffeurs de plus, la chaudi√®re avalant goul√Ľment ce combustible un peu l√©ger.

Le port de Ha√Įphong au d√©but du XX√®me si√®cle

Entreprise de Transports fluviaux dans le port de Haiphong

Entreprise de Transports fluviaux dans le port de Ha√Įphong

Messageries à vapeur de Cochinchine

Après un retour de la famille Roque en France en 1866, Victor repart en Cochinchine en 1870.
Victor va à Hong-Kong et y noue des relations qui lui permettront, l'année suivante, d'intéresser des capitaux anglais (Jardine et Matheson) à l'organisation des "Messageries à Vapeur de Cochinchine" associé à Marcellin Larrieu.
Larrieu cherche des capitaux; aucun capitaliste ne veut entrer "dans cette affaire lointaine et mal connue, s'exerçant sous un climat réputé très malsain et dans des conditions tout à fait ignorées en Europe".
En Mars 1872, Victor va encore à Glasgow. En fait, nous verrons qu'il a commandé un bateau à vapeur. La liaison avec Larrieu se dessine, les frères sont donc bien dècidès à faire du transport en Cochinchine.
Une commodit√© importante et r√©cente est apparue depuis le 1er ao√Ľt 1871, un c√Ęble t√©l√©graphique est immerg√© entre Sa√Įgon et la France, ce qui permet la liaison rapide entre Victor et Larrieu et, si n√©cessaire, les actions aupr√®s des banques. Pendant cette phase de la cr√©ation de l'affaire de Larrieu, ce dernier et Victor ont pr√©f√©r√© se partager le travail, la technique sur place pour Larrieu, les finances en Europe pour Victor.
Il ressort, d'un acte sous seing privé, daté du 18 Juillet 1872 et signé de Marcellin Larrieu et de Victor, que l'apport social fait par les Roque dans la société Larrieu en représente la moitié et sera rémunéré par un intérêt de 9% l'an.
Larrieu, le 15 Juillet 1872, pr√©sente √† l'Administration un projet de contrat que l'amiral Dupr√© consid√®re comme "la plus importante entreprise europ√©enne qui ait √©t√© con√ßue depuis la fondation de la colonie". Le contrat est conclu le 2 Ao√Ľt 1872.
Les transports envisagés par le contrat sont:
1. Un service hebdomadaire de la ligne principale de Sa√Įgon √† Pnom-Penh, et √©ventuellement jusqu'au Grand Lac, par Mytho, Vinh-Long, Sadec, Chaudoc, et retour. Le delta du M√©kong, surtout situ√© √† l'Ouest et au Sud-Ouest de Sa√Įgon, comprend un grand nombre de ramifications o√Ļ se situent ces quatre derni√®res localit√©s. En partant de Sa√Įgon, on les dessert en remontant globalement vers le Nord-Ouest tout en passant d'un bras √† l'autre du delta, ces derniers se s√©parant et se rejoignant aussi parfois. En remontant le M√©kong dans la m√™me direction, on quitte alors le delta, on atteint Pnom-Penh, capitale du Cambodge, o√Ļ, laissant le M√©kong, on remonte le Tonl√©-Sap son affluent. Ensuite, ce dernier s'√©largit en formant le Grand lac, bien nomm√© puisqu'il mesure 120 kilom√®tres de long et jusqu'√† 30 kilom√®tres de large, donc plus que le lac L√©man.
Le parcours aller de Sa√Įgon au Grand Lac est de plus de 500 kilom√®tres.
2. Un service bi-mensuel serpentant uniquement dans le delta et desservant onze escales de sa partie sud-ouest (Mytho, Bentré, Mo-Cay, Vinh-Long, Tra-Vinh, Long-Suyen, Cantho, Bactrang et Soctrang, avec retour par Sadec, Sadec, Vinh-Long et Mytho.
3. Un service bi-mensuel de Sa√Įgon au Cap Saint-Jacques et √† Baria, au d√©bouch√© du fleuve sur la mer.
4. Un service mensuel, et éventuellement bi-mensuel, desservant cinq escales principales sur des affluents du Mékong au Nord-Ouest de Saigon (Bien-Hoa, Tan-Uyen, Thudaumot, Go-Cong, Tay-Ninh).
Larrieu s'engage à desservir tous les postes de l'intérieur une fois par semaine ou par quinzaine et à transporter gratuitement 15.000 passagers, 4.000 tonneaux (unité maritime de 2,83 mètres cube) d'approvisionnements, 5 millions de numéraire, le matériel télégraphique et les dépêches.
La colonie versera à Larrieu une annuité de 866.000 Francs pendant trois ans, puis de 766.000 pendant les trois ans suivants et, enfin, de 366.000 trois ans encore, soit, en moyenne, 666.000 Francs par an.
L'Amiral-Gouverneur estime que le gouvernement pourra supprimer une partie de ses canonnières de guerre et toutes celles de transport. Cette économie, qu'il chiffre à 500.000 Francs par an, viendra en déduction des 666.000 Francs ci-dessus. "Le débours, écrit l'amiral, ne sera donc que de 166.000 Francs par an et, comme le Cambodge a là-dedans les mêmes intérêts que nous, j'ai fait demander au roi d'y participer dans le rapport de nos budgets, c'est-à-dire pour un tiers". En effet, le Cambodge (capitale Phnom-Penh), est sous protectorat français depuis juillet 1863.
Le roi du Cambodge, Norodom, se h√©risse √† cette demande, se fait un peu prier et s'inscrit pourtant pour 20.000 Piastres par an. Ce dernier chiffre correspond √† au moins 100.000 Francs, soit une tr√®s grande part du co√Ľt r√©siduel, pour l'Administration, de 166.000 Francs. Quand l'Amiral indique qu'il demande √† Norodom un tiers de la d√©pense, il semble bien qu'il ait mentionn√© au roi le co√Ľt moyen annuel de la subvention, soit 666.000 Francs par an, mais qu'il ait oubli√© de lui mentionner l'√©conomie annuelle de transport et de canonni√®res qu'il estime lui-m√™me √† 500.000 Francs.
Larrieu et Roque sont donc devenus une puissance officielle. L'Amiral Krantz le reconna√ģt en accordant aux bateaux de la Soci√©t√© la permission de naviguer sous pavillon fran√ßais.
Ces bateaux, fin 1874, comprennent déjà :
‚ÄĘ le Powerful, qui, apr√®s avoir √©t√© Denis et Roque, √©tait devenu Denis quand les Roque sont rentr√©s en France en 1866 et qui se retrouve Larrieu et Roque maintenant.
‚ÄĘ l'Attalo, 800 tonneaux, 450 C.V., 53 m√®tres de long.
‚ÄĘ la Salt√©e, m√™mes caract√©ristiques.
‚ÄĘ le Va√Įco, 36 m√®tres de long.
On structure la nouvelle soci√©t√©, le journal de Marie notera que, en Janvier 1875, Xavier et Henry vont √† Nantes recruter un comptable, Boutini√®re, pour Sa√Įgon.
Tout va donc bien pour Larrieu et Roque. Il revient √† Marcellin Larrieu d'avoir donn√© r√©alit√© aux transports fluviaux en Cochinchine. Le 12 Janvier 1875, soit exactement une semaine apr√®s avoir re√ßu la lettre de l'Amiral Dupr√©, qui contestait leurs concessions . Larrieu meurt subitement en se promenant dans le jardin de la ville de Sa√Įgon avec l'Amiral de Beaumont qui deviendra en Janvier 1885, dix ans plus tard, commandant de la flotte du Tonkin.
Les années suivantes, malgré quelques allers et retours, verront Victor et Henry la plupart du temps en Cochinchine. Quand Victor est en France, il va en Angleterre ou à Edimbourg pour des questions bancaires ou pour certains bateaux commandés à un chantier naval écossais; il ne manque pas de prendre les eaux dans le Midi.
Depuis sa création en 1875, l'atelier de réparations prend de l'extension: réparations pour les usines locales et aux navires français et étrangers, travaux de montage et réparation des chaloupes du service local. Pour assurer ces services pour eux-mêmes et pour d'autres, les Roque forment une pépinière d'ouvriers.
Les relations commerciales entre Cochinchine et Cambodge se d√©veloppent de fa√ßon de plus en plus marqu√©e gr√Ęce aux moyens de communication cr√©√©s par la famille. A dire vrai, c'est la premi√®re fois que ces deux r√©gions ont l'occasion de commercer entre elles.

Descours et Cabaud Saigon - Haiphong Annam Hué

dragon

Victor Roque et le Tonkin 1882-1883

La première occupation de cette province a été le résultat d'un coup de force opéré par Francis Garnier qui conquiert le delta du Fleuve Rouge en 1873 et y est tué le 21 Décembre.
Victor n'a pas attendu d'√™tre install√© au Tonkin pour s'int√©resser √† l'extension des positions fran√ßaises. Le 7 Septembre 1879 d√©j√†, il avait √©crit √† Andrew Spooner, n√©gociant et entrepreneur habile √©tabli √† Sa√Įgon depuis 1861 :
"Si vous pr√©parez un m√©moire pour les d√©put√©s et les s√©nateurs, ne manquez pas de d√©velopper l'id√©e d'agrandissement tant du c√īt√© du Cambodge que du c√īt√© du Tonkin. L'avenir commercial et l'influence politique en d√©pendent".
Nous sommes en Novembre 1882 quand Victor et Henry viennent d'arriver au Tonkin avec leurs bateaux.
A ce moment, le Gouverneur Le Myre de Villers, qui r√©side √† Sa√Įgon, a sous sa juridiction la Cochinchine, le Royaume du Cambodge et l'Empire d'Annam, tous deux sous protectorat, ainsi que le delta du Tonkin.
Au début de 1883, les évènements se précipitent: Victor apprend, par les journaux de Hong-Kong, que Bourée, le représentant de la France à Pékin, redoutant un conflit armé avec la Chine, désire régler à l'amiable la question tonkinoise. Bourée a élaboré un projet de traité aux termes duquel la France abandonnerait au Céleste Empire toutes les provinces tonkinoises situées au Nord du Fleuve Rouge.
Le 14 Janvier 1883, Victor écrit à Le Myre de Vilers :
"Signer un pareil traité serait renouveler la faute impardonnable que Paris a commise en reconnaissant la mainmise du Siam sur la province de Battambang, avec cette circonstance aggravante que les provinces frontières du Tonkin ne sont même pas occupées par la Chine, alors que Battambang était depuis un siècle aux mains des Siamois…. Autant vaudrait céder les Vosges aux Allemands, les Pyrénées aux Espagnols, les Alpes aux Italiens".
Victor ajoute que ce trait√© nous ferait abandonner un pays comportant des terres o√Ļ les Europ√©ens pourraient s'adonner √† la culture, le Tonkin minier et des ports naturels bien d√©fendus. Enfin, Victor indique qu'il suffit de "montrer les dents" pour que Chinois et Vietnamiens plient devant la menace. D√®s que le Commandant Rivi√®re a commenc√© √† diriger sur l'√ģle de Poulo-Condor (qui sert de prison en face de Sa√Įgon) quelques militaires chinois qui avaient p√©n√©tr√© ind√Ľment au Tonkin, 3.000 irr√©guliers chinois s'√©taient empress√©s de regagner leur pays.
Notons que le "Tonkin minier" que mentionne Victor est particuli√®rement fabuleux √† une √©poque o√Ļ le charbon est l'unique source d'√©nergie (en 1863, le charbon pour les chaudi√®res du "Powerful" √©tait apport√© par le voilier La Mouette d'Australie). Ce gisement a trois caract√©ristiques :
. Il est au bord de la mer, sur la c√īte et dans des √ģles autour du port de Hongay, dans le Nord du Tonkin.
. Il est à ciel ouvert.
. Enfin, il semble inépuisable puisqu'en 1987, plus de cent ans plus tard, on en a tiré 6.200.000 tonnes dans l'année et que ses réserves sont estimées à "plusieurs milliards de tonnes".
A peine cette lettre partie, Victor apprend d' "une personne des plus honorables occupant √† Shanga√Į une position des plus consid√©r√©es" les termes du trait√© que Bourr√©e vient d'arr√™ter avec le pl√©nipotentiaire chinois Li-Hung-Chang :
- la France promet de ne tenter aucune annexion au Tonkin,
- la France reconna√ģt la suzerainet√© de la Chine sur le Tonkin et l'Annam.
- l'Annam et le Tonkin sont dispens√©s de verser √† la Chine l'imp√īt annuel du riz (imp√īt qui n'a jamais √©t√© pay√© auparavant....)
On annonce au même moment l'arrivée à Hué d'une grande ambassade chinoise.
Victor perçoit un autre danger, plus insidieux, car il s'agit de l'Angleterre. Solidaire de la France face à la Chine, favorable à notre installation au Tonkin dans l'intérêt du négoce, la "perfide Albion" n'en est pas moins tentée de pêcher en eau trouble.
Il lui conviendrait fort bien de mettre la main sur le seul secteur qui l'intéresse vraiment, les mines de Hongay, dont la richesse en charbon est maintenant reconnue.
Le 22 Février 1883, Victor adresse une lettre au Gouverneur Thomson :
"La grande compagnie chinoise (La China Merchant's Steam Navigation C¬į) a fait d'actives d√©marches √† Hu√© pour obtenir la cession d'une √ģle dans le golfe du Tonkin, o√Ļ, dit-on, se trouve une mine de charbon. Cette demande est faite, para√ģt-il, comme indemnit√© due pour l'assassinat d'un Chinois... Ce qui fait l'extr√™me importance de cette d√©marche de la compagnie chinoise par rapport √† nos int√©r√™ts, c'est que c'est √† l'instigation des Anglais qu'elle agit et que ces derniers sont acqu√©reurs de l'√ģle √† un prix tr√®s √©lev√© si la cession est accord√©e par Hu√©. Nous risquons non seulement de perdre le charbon, ajoute Victor, mais aussi l'avantage des magnifiques baies en eau profonde qui, seules, peuvent, en temps de guerre, donner asile √† une flotte importante.

Monoroue Baie Along Haiphong

Une monoroue en baie d'Along

Les pirates de Dong-Trieu en 1890

En Octobre 1888, Victor demande, et obtient, une concession à Dong-Trieu, au Nord du Tonkin, "en plein pays pirate", comme le souligne Marie.
Mais, ni ses presque 61 ans, ni même sa surdité sévère, n'arrêtent encore Victor. Pour lui, l'important est que, en dehors de l'exploitation agricole qu'il a déjà à Dong'Trieu, cet endroit comprend un gisement de charbon dont personne n'a encore la concession. Victor ne vise pas l'exploitation de la mine, mais le transport du charbon quand il sera exploité.
C.H. 5-01-90 :
"Nous sommes heureux d'apprendre que le Gouvernement (Général de la colonie) a définitivement confirmé la concession des mines de charbon de Dong-Trieu. La prise de possession va avoir lieu prochainement.
Pour Ha√Įphong, c'est une bonne nouvelle car les jonques et chalands viendront d√©poser le charbon √† Ha√Įphong o√Ļ sera l'entrep√īt et il en r√©sultera un plus grand mouvement de vapeurs sur notre rade"
.
Mais les journaux relatent divers incidents avec des chinois pillards, tant sur le Fleuve Rouge que sur la route qui permet √©galement de relier la Chine √† Hano√Į et √† Ha√Įphong. Tout le monde d√©sire utiliser ces deux voies pour commercer avec la Chine, mais, malgr√© certains efforts, elles restent peu s√Ľres. Les chinois continuent √† faire brigandages tant sur les biens que sur les personnes. Ils sont, le plus souvent, commandit√©s par des puissants chinois tr√®s bien "√©tablis et respectables.
A.T. 11-01 90 :
"Le 8 Janvier √† 11 heures du soir, une bande de 50 assassins environ p√©n√©trait sur les terrains de la concession Roque √† Dong-Trieu et for√ßaient les portes de la maison. Monsieur Roze √©tait tu√©, monsieur Laborde avait le bras fractur√©, les fr√®res Victor et Henry Roque, leur pilote Baptiste Costa et le chinois Winh-Fat-Cheong, leur comprador, √©taient emmen√©s prisonniers, monsieur Henry Roque avec une blessure √† la t√™te. La maison o√Ļ le crime a √©t√© commis fut ensuite livr√©e aux flammes.
Ces d√©tails ont √©t√© connus le 9 √† Ha√Įphong quand monsieur Laborde, qui a r√©ussi √† s'√©chapper ainsi que le missionnaire Arellanon, est arriv√© sur l'Agn√®s, ramenant le corps de monsieur Roze
".
Winh-Fat-Cheong devait une assez forte somme à la maison Roque et il y a tout lieu de supposer que cette opération a été combinée par lui, d'accord avec les coolies chinois de la concession.
Cheong a-t-il voulu se d√©barrasser de sa dette en faisant dispara√ģtre les Roque? Dans ce cas, comme il ne pourra plus repara√ģtre √† Ha√Įphong, il perdra du m√™me coup les propri√©t√©s qu'il avait dans cette ville et qui sont consid√©rables. On se demande pourquoi les deux fr√®res n'auraient pas √©t√© tu√©s sur place.
Cheong a d√Ľ penser qu'il valait mieux √©pargner les Roque afin d'en tirer une grosse ran√ßon dont il irait tranquillement jouir dans un coin ignor√© de la Chine.
Il est rationnel de croire que Cheong s'est entendu avec les bandes de Luu-ky qui tendent √† changer leur terrain d'action, le Nord et l'Ouest du Loch-Nam leur √©tant ferm√©s, elles vont au Sud, se dirigeant sur Dong-Trieu et Quang-y√™n. Tout r√©cemment, Luu-ky a m√™me cr√©√© un refuge dans l'ancien poste abandonn√© de Quan-La ( 40 kilom√®tre de Ha√Įphong !).
Or la bande qui s'est emparée des frères Roque s'est dirigée, après le crime, sur le chemin de Quan-la.
Tout semble donc indiquer qu'il s'agit d'un acte de piraterie.
La somme qui sera sans doute exigée pour la rançon des frères Roque dira le reste: faible relativement, c'est que Chéong aura, lui aussi, été victime et subi simplement le sort des deux frères ; forte, c'est qu'il aura vraisemblablement trempé dans le crime.
Les communications des prisonniers avec Ha√Įphong sont √©tonnamment rapides. Des √©missaires font la navette entre Ha√Įphong, Dong-Trieu et le camp du chef de bande, Luu-ky.
Bient√īt, les nouvelles sont rassurantes :
C.H. 2-02-1890 :
"La lettre de monsieur Henry Roque (du 30 Janvier) et celle de monsieur Costa montrent trop de calme, de confiance, pour que le public puisse s'inquiéter du résultat des négociations commencées sur place par les intéressés eux-mêmes qui, mieux que personne, peuvent discuter leur rançon.
Si nos compatriotes étaient maltraités, ils n'auraient pas cette liberté d'esprit qui perce dans leur correspondance et monsieur Costa, notamment, ne songerait pas à ses loyers de fin de mois !
Nous ne pouvons tarder √† les voir revenir bient√īt, malgr√© la lenteur ordinaire d'une discussion d'int√©r√™t avec des Chinois.
Enfin, on est certain qu'ils sont tout près de Dong-Trieu car une lettre de monsieur Costa n'a mis que 24 heures à arriver à Benchau". (poste militaire le plus proche de Dong-Trieu)"
.
Les négociations progressent :
L’Avenir du Tonkin:
A.T. 22-02-90 :
"Tout est r√©gl√© avec les pirates. Ce matin, les prisonniers, messieurs Victor et Henry Roque, J-B. Costa, Wing-Fat-Cheong et un boy sa√Įgonnais doivent √™tre remis en libert√© en √©change de la ran√ßon de 50.000 Piastres. C'est √† Ben-Chau qu'aura lieu l'√©change.
Luu-ky a demandé 100 pièces de soie, 10 montres en nickel et 2 en argent. Il a prié de déduire le prix des 12 montres de la rançon.
Quant aux 100 pièces de soie, il les considèrera comme un cadeau en reconnaissance des égards qu'il a eu pour ses captifs..."
Ces égards sont relatifs puisqu'ils comportent quelques bouts de bambous glissés sous les ongles !
Mais Luu-ky trouve normal que les deux frères paient leur pension. Cet humour noir a perduré chez les Chinois car, pendant la Révolution Culturelle de Mao, les familles des condamnés à mort étaient priées de payer au gouvernement la balle qui avait exécuté leur parent.
Suivent quelques difficultés :
A.T.10-03-90 :
"Luu-ky a soulevé de nouvelles difficultés: craignant beaucoup d'être poursuivi, il a exigé un armistice de 10 jours pour avoir le temps de s'éloigner.
Le gouvernement a fait la seule chose qu'il pouvait faire pour ne pas compromettre la vie des prisonniers; il a consenti à la trêve demandée.
Il para√ģt que Luu-ky a bien recommand√© au R√©sident de Ha√Įphong de veiller au transport des esp√®ces car il y a beaucoup de pirates dans la r√©gion..."

Enfin, L'Avenir du Tonkin du 12 Mars raconte la libération des otages qui a eu lieu le Vendredi 7 :
A.T. 12-03-90 :
"La délivrance des frères Roque. Le 7 à 9 h. du soir, l' "Agnès", ayant à bord les prisonniers de Luu-ky, entre dans le Song-tam-bac. Aux premiers coups de sifflet de la chaloupe, la nouvelle de l'arrivée des frères Roque se répand en ville et la foule se presse sur le quai pour saluer l'heureux retour de nos compatriotes. Les Chinois sont en majorité et manifestent leur joie en faisant partir des paquets de pétards.
M.Chavassieux, r√©sident maire d'Ha√Įphong, monte √† bord ainsi qu'un certain nombre de personnes.
Monsieur Baptiste Costa est visiblement ému des évènements de la journée. Messieurs Roque ont la barbe et les cheveux longs, ce qui les change considérablement. Pressés de questions, ils racontent avec sang-froid les incidents de leur mise en liberté.
Pendant toute la journée et surtout lors du paiement de la rançon, l'attitude de Luu-ky et de son lieutenant Nen a été arrogante et hautaine, on n'a pu terminer les opérations qu'en se soumettant à toutes leurs exigences. Ils montrent leurs mains encore meurtries par les séances de poucettes dont ils ont parlé dans leurs lettres.
Pendant un mois, tout mouvement des bras leur était interdit; leur boy était obligé de leur donner à manger comme à des petits enfants.
Le P√®re Houery, qui a √©t√© si utile dans ces tristes circonstances, se trouve aussi √† bord et se tient modestement √† l'√©cart. Il n'en re√ßoit pas moins de vives f√©licitations, de m√™me que monsieur Briffaud dont on conna√ģt le d√©vouement.
Monsieur Briffaud et le père Houery étaient partis avec l'escorte, dès le matin, de Dong-Trieu ; vers 9 heures, ils ont laissé derrière eux, à 100 mètres environ, le gros de l'escorte avec l'argent et se sont dirigés vers l'endroit préalablement convenu pour l'échange.
Luu-ky est un tout jeune homme d'une vingtaine d'ann√©es, Nen para√ģt plus √Ęg√©.
Rappelant une des derni√®res conditions dict√©es par lui, Luu-ky exige que l'argent soit port√© au pied de la montagne. Monsieur Briffaud insiste pour √©tablir que cette clause n'existe pas du tout dans la convention, mais Luu-ky, sentant qu'il est le ma√ģtre de la situation, d√©clare avec une hauteur m√©prisante qu'il en sera comme il le commande.
Les pourparlers sont longs, Luu-ky maintient ses exigences et jure par le Ciel, ainsi que ses compagnons, qu'ils sont de bonne foi.
Insister est inutile, monsieur Briffaud retourne aupr√®s du capitaine commandant le d√©tachement et lui fait part des pr√©tentions de Luu-ky, le capitaine juge qu'il ne peut engager sa responsabilit√© en l'accompagnant et monsieur Briffaud se d√©cide alors √† revenir avec le P√®re Houery et la ran√ßon aupr√®s de Luu-ky et se dirige ensuite vers l'endroit o√Ļ le chef pirate pr√©tend faire l'√©change des prisonniers.
A midi 1/2 seulement a lieu la remise des espèces, des pièces de soie et des montres.
D'un c√īt√© les trois prisonniers et leur boy et, de l'autre, la ran√ßon.
Nen préside à la vérification et il cherche visiblement à soulever encore des contestations.
Dans la premi√®re caisse de 2.000 $ (Piastres), Nen et ses hommes pr√©tendent insolemment qu'il manque 50 $, deux fois on doit recommencer le comptage et Nen est bien forc√© de reconna√ģtre que le compte y est.
Lorsque toutes les caisses sont vérifiées, on passe aux pièces de soie et aux montres. Nen trouve que plusieurs pièces sont de qualité inférieure et il veut encore une fois contester.
Le P√®re Houery est oblig√© de lui expliquer que c'est tout ce qu'on a pu trouver √† Ha√Įphong en si peu de temps et encore avec beaucoup de difficult√©s. Enfin les pirates, ne trouvant plus rien √† dire, se d√©cident √† d√©livrer les prisonniers qui ont peine √† cacher leur √©motion.
Pendant tout ce temps, monsieur Briffaud et son compagnon étaient entièrement à la merci des bandits, hors de vue de leur escorte, entourés des hommes de Luu-ky, à genoux, l'arme au pied, prêts à faire feu au moindre signal. Le Père Houery estime que les pirates qui les entouraient ou qui se trouvaient échelonnés sur une grande étendue étaient bien au nombre de 400.
Arrivés à 3 h 1/2 à Dong-Trieu, la troupe a déjeuné et l'on est reparti de suite pour Haiphong"
.
Etienne Denis indique que ce drame a co√Ľt√© aux Roque 75.000 Piastres. Cela correspondrait √† 300.000 francs, c'est √† dire √† environ 1.144.710 Euros. Pour la payer, les Roque ont d√Ľ vendre une partie de leurs biens au Tonkin. Pour parachever la catastrophe, on annonce que la compagnie des "Messageries Maritimes" vient de passer un contrat avec le Gouvernement pour assurer une ligne r√©guli√®re entre Hong-Kong et Ha√Įphong. Leur absence, bien involontaire, leur co√Ľte cher.
Etienne Denis conclue :
"C'est la ruine. Victor Roque a 61 ans, sa santé est épuisée. Il revient à Montifray".
Henry assume désormais seul la charge de l'affaire.
Etienne Denis lui rend hommage :
"Henry Roque ne d√©sarme pas encore. Avec un grand courage, il se remet au travail et exploite la ligne Ha√Įphong-Vinh avec la chaloupe de mer Agn√®s".
Emile Roque fera un voyage au Tonkin en 1893-1894. R√©cit d‚Äôune promenade d'Emile avec son oncle Henry √† la Baie d'Along et aux mines de Hong-Ha√Į :
"Nous sommes partis √† bord de l'Agn√®s. La Baie d'Along est certainement un des plus curieux sites qui puissent exister. Figurez-vous, au milieu d'une mer toujours calme, une multitude de rochers (il y en a environ trois mille) sortant √† pic de l'eau. Ils sont le r√©sultat d'un soul√®vement de calcaire qui s'est d'ailleurs produit en plusieurs points du Tonkin o√Ļ l'on trouve des baies d'Along en terre".
Notons en Grèce l'aspect identique des fameux Météores.
"Ces rochers sont mangés, rongés par l'eau et l'air humide, aussi sont-ils pleins de crevasses et même de grottes; quelques-uns sont troués de part en part, d'autres forment des ponts et tout cela est couvert d'une végétation de lianes et de plantes qui leur fait une vraie perruque.
"Les rochers sont noirs et à pic dans l'eau, séparés par de petits passages ; c'est un vrai labyrinthe, aussi le pilote s'impose-t-il: c'est en général un pêcheur annamite".
"A la Baie d'Along succ√®de la baie Ta√Į-Tsi-Song.
Ce nom Chinois veut dire colonne : il y a au milieu de cette baie un rocher penché qui a effectivement l'air d'une colonne, je trouve qu'il ressemble encore plus à une bonne soeur inclinée. Cette baie est entourée et semée de rochers identiques à ceux de la Baie d'Along, mais plus espacés".

La suite sur la page consacrée à Paul Roque
et à la naissance de la S.C.A.R.I.C.

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dragon

La saga des Frères Roque 1
Paul Roque - Naissance de la S.CA.R.I.C. 2

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